VIE DES ARTS 

Les chevaux imaginaires de Léa Rivière

Symbolisme et théâtralité se prêtent aux œuvres de Léa Rivière où formes, décors et mises en scène composent l’espace du spectacle. Bien que les qualificatifs attribués aux œuvres mettent en cause des courants artistiques, il importe d’y voir une signification, sans être restrictifs. Les peintures de l’artiste s’apparentent à celles de Moreau par l’évocation de sentiments, d’états d’âme, l’imagination voire même par une forme d’abstraction.1 

Les chevaux dessinés avec prouesse, l’originalité débordante de l’artiste nous incitent à voir une fusion entre le cheval et l’homme. L’union entre les deux nous rappelle la mythologie, par exemple, les Centaures ou de la vie humaine ».

Française d’origine, elle arrive au Québec en 1990 et y enseigne l’art pendant huit ans. Dès son enfance, elle dessine le corps humain ayant commencé par le nu féminin, apprentissage qu’elle a développé grâce à son oncle artiste. Cavalières endormies, hommes et femme nus dans toute leur sensualité, les portraits imaginaires reflètent des personnes de son entourage, sa famille, ses amis. Suite à l’observation des chevaux dans les écuries et sa passion pour cet animal, elle les dépeint avec des postures irréelles, des regards vifs, de longues crinières comme des chevelures au vent. L’artiste semble parfois leur prêter des pas de danse (Sans attelage, Volcada).

Nouvelle figure mythologique ou allégorique? Le cheval est vu sous un angle plus sensuel qu’érotique, comme un guide; elle lui accorde également une symbolique associé à l’eau, à la femme. « Pour sa beauté et la grâce des ses mouvements, la jument ressemble à la femme.»3 La thématique du cheval et de la femme lui permette de développer l’aspect de la spiritualité, d’une quête personnel. En plus des chevaux, d’autres significations sont attribuables aux formes juxtaposées au sujet principal (poisson : l’eau, le Christ, Vénus ou le phallus, papillon : l’âme et pour les chrétiens, celle ressuscitée).

Bien que l’artiste ait appris les techniques anciennes et acquis des connaissances sur les maîtres par sa formation (ex. beaux-arts à Genève) et par la visite de musées, elle se dit formée également par les artistes contemporains. Les tracés tels des écritures, des griffures ou des graffitis, les dégoulinures, les formes apparentées pour des œuvres sérielles à partir d’une motif constituent un langage pictural présent également dans les œuvres contemporaines (ex. Cy Twombly, exposition : Blooming, a Scattering of Blossoms and other Things). Avec l’imbrication de tous les éléments et le déploiement de la scène, le spectateur en arrive à décoder le jeu de l’œuvre.

L’exposition à la Galerie d’Avignon regroupait plus d’un tableau de grands formats formés de panneaux et quelques dessins préparatoires. Léa Rivière dessine beaucoup avant de faire sa peinture, même si elle peint également directement sur la toile. « Delacroix a dit qu’il faut toujours gâter un peu un tableau pour le finir. Je n’en suis pas si sûre… mais je sais qu’il faut être prête à le perdre, à le ruiner d’un coup de pinceau, et ce du début jusqu’à la fin. Il est vrai que c’est plus difficile à la fin! » (Journal, Léa Rivière) Ainsi, l’idée de l’artiste se voit modifiée par son inspiration jusqu’au dernier moment.