PARCOURS

La grande cavale

Il arrive que des expériences vécues durant l’enfance changent le cours d’une vie. Pour l’artiste peintre Léa Rivière, un été passé comme monitrice dans un camp équestre a initié une onde vibratoire jusqu’à son avenir artistique.

Peintre depuis toujours, Léa Rivière accompagnait son parrain en Espagne pour y travailler des tableaux et ensuite les revendre en France. Le métier s’est présenté à elle naturellement ainsi que l’enseignement du dessin qu’elle prodigue pendant de nombreuses années tout en étant représentée en galerie en France. Ces œuvres font une place d’honneur au dessin, qu’elle exécute avec maîtrise. Ses sujets, principalement des chevaux et des figures féminines, se fondent dans un univers de couleurs riches et sombres aux textures superposées. Des symboles énigmatiques, qu’elle appelle « des incrustes », tant fossiles que poissons, se distinguent dans les reliefs triturés de l’arrière-plan. L’ensemble dégage une aura de spiritualité, une des préoccupations de l’artiste sans être un objectif spécifique. « J’ai toujours dessiné le nu et toujours été intéressée par la mythologie, le sacré. Le cheval représente pour moi la relation du guide et protecteur. Le poisson est un symbole connu du Christ et le papillon est le symbole de l’âme. » Comme les fossiles, elle aime l’idée d’une trace attestant du passage du temps.

Lors de son passage au camp d’équithérapie à ses 20 ans, elle vit un véritable voyage au travers de ce travail qui met en union chevaux et jeunes en difficulté. Elle suivra ensuite par passion le cheminement de cavalières émérites dont la relation avec l’animal est symbiotique. « Je ne monte pas à cheval personnellement, c’est un art auquel je n’ai pas le temps de me consacrer. Mais je rêve en voyant l’osmose qu’elles vivent ».

Française d’origine, elle déménage à Montréal en 1990 et trouve ici une liberté qui la soulage de l’académisme contraignant de sa terre natale. Elle enseigne le dessin d’après modèle vivant pendant quelques années. C’est dans cette période que le cheval fait son apparition dans son œuvre. « Je travaillais la thématique de la femme et du sacré. Je me suis dit qu’il fallait que je traverse ma crise de cheval pour ensuite réaliser que c’était par ce sujet que je m’exprimais le mieux ». Le lien avec son expérience au camp équestre ne s’est fait qu’à postériori. Ses souvenirs de l’église de son village, vibrante de spiritualité, et son désir de devenir bonne sœur complètent le portrait : « Enfant, j’étais très religieuse. J’ai réalisé plus tard l’impact de l’enfance sur mon travail et sur moi-même ».

Dans cette aventure de la vie, Léa Rivière suit son instinct. Depuis ses débuts, les choses viennent à elle et elle dessine son chemin à mesure. « J’ai toujours un plan mais ce n’est jamais ce qui aboutit, s’amuse-t-elle, mes toiles sont les ratages de mes idées premières! » L’authenticité et l’émotion sont au premier rang de ses préoccupations artistiques. Avec une certaine superstition, elle refuse de verbaliser ses idées en cours, afin que la motivation de les sortir en image demeure. « Ce dont je suis absolument certaine, c’est de vouloir continuer à peindre ».