MUSIQUES SOLAIRES

d’Érick Doucet, écrivain et essayiste.

Lorsque j’ouvris pour la première fois l’écoutille de l’atelier de Léa Rivière, j’eus la drôle d’impression de me tromper de sous-marin. Je m’attendais à un désordre qui n’aurait d’égal que la charge émotive de ses tableaux. Au lieu de cela, rangés avec soin comme des sabres, les instruments lui permettant de commettre son art semblaient soupirer d’aise dans ce décor spartiate, nimbé d’une musique du temps présent. 

Celle qui m’ouvrit portait un pantalon de travail et un t-shirt maculé d’encre et de je ne sais quels pigments. Pourtant, à la voir, on l’eût cru en robe de soirée, se déplaçant sur un tapis volant tellement sa légèreté pacifiait, tellement sa douceur feutrait ses gestes. 

Je compris alors qu’il fallait lire autrement les signes. Il faut embrasser l’espace et non l’unicité du dessin, comme nous vivons non pas en dehors de l’autre, mais vers lui. 

Le cheval, les corps, les rêves transcendent leurs propres représentations. S’il apparaît naturel d’illustrer le palpable, n’est-il pas le propre de l’artiste d’y chercher aussi sa projection? Sublimer son élan invisible, l’espace qui se meut avec, à travers et au-delà, ce vivant, ne devient-il pas l’essence même de la quête artistique?
Si l’ombre inscrit l’objet, sa part de lumière le révèle.

Léa Rivière traduit cette lumière. En peignant cette danse du réel, elle dénude non seulement les frontières floues de l’être mais ses impacts pluriels dans l’espace. Ce lien intime entre l’obscurité et l’éblouissement. Ce transport flanqué d’espoir nécessaire. 

La fureur du jour embrasse maintenant ses thèmes, ses récurrences libératrices. Comme une chef d’orchestre minutieuse, ses coups de pinceau cadencent la chevauchée. Où il y avait brumes et songes, il y a maintenant lumière et éveil. Une lumière des origines, d’un monde nouveau. Organique lumière du jour. Alliance délicate des sens.

On dit des vents solaires qu’ils enfantent les aurores boréales. Véritables empreintes dans notre atmosphère. Il en est de même pour les toiles de Léa Rivière : elles créent d’envoûtantes musiques pour les yeux. Douces musiques rituelles. Musiques solaires.  

Érick Doucet, écrivain et essayiste. 

THE MUSIC OF LIGHT

Érick Doucet, writer and essayist.
Translation Sepideh Anvar

When I first opened the door to Léa Rivière’s studio, I thought that I had made a mistake. Where I had expected an artistic jumble reflecting the emotional power of her work, I found instead the tools of her art as carefully ordered as in an armoury. Each instrument comfortably positioned in her Spartan studio and lulled by contemporary music. She opened the door dressed in work pants and a t-shirt stained with ink and pigments I would be helpless to identify. Yet to look at her, her calming lightness and her gentle movements, she appeared to be in evening dress, floating on a magic carpet. That is when I understood that the signs I saw had to be read differently. One must fully embrace the whole, not the singularity of each drawing. In the same way that one does not exist outside of others but rather towards them. The horses, bodies and dreams transcend their own individual representations. Although it seems natural to illustrate the tangible, are artists not also called to explore what tangibility projects? Is not the artist’s fundamental quest to distil the invisible, the space that transmogrifies with, through and beyond the living? Where shadows signify objects, so does light reveal them.

Léa Rivière channels that light. By painting these dances of reality, Léa Rivière reveals not only the blurred boundaries of being but their many effects on space. That intimate relationship between darkness and dazzling light. That rush of emotion accompanied by much-needed hope. The lust for daylight now encompasses her themes, her liberating refrains. Like a meticulous musical conductor, Léa Rivière’s brush beats the time of the ride. Where before there were fog and dreams, now there is light and awakening. The light of beginnings, of new worlds. The organic light of day. A delicate interweaving of the senses. It is said that solar winds cause aurora borealis. They are genuine atmospheric prints. The same is true of Léa Rivière’s paintings: sweet music to the eyes. The gentle music of ritual. The music of light.

Érick Doucet, writer and essayist.
Translation Sepideh Anvar