MAGAZINE’ART

 
 

« L’atelier, c’est un lieu magique, coupé du monde et ouvert sur la vie. J’y fais le plus beau de mes voyages. », nous dit Léa Rivière. Ces quelques mots résument la richesse du monde intérieur de la jeune artiste à la sensibilité exacerbée.

Née en France en 1960, dans le Région de la Normandie, Bretonne de cœur et Québécoise d’adoption. Léa rivière a pratiqué très jeune le dessin et la peinture sous la direction de on oncle Albert Barubé.

Quelques années plus tard, elle se rend à Paris pour y étudier le théâtre, la danse classique et les arts visuels. C’est finalement dans la peinture qu’elle trouve ce qu’elle cherchait sur la scène : traduire les émotions et les communiquer aux autres. L’école du théâtre lui aura donné des qualités précieuses pour son travail de peintre, le goût le l’effort pour trouver l’expression juste, la rigueur, le sens du mouvement et la mise en scène.

À partir de 1984, des expositions, de nombreux stages et voyages d’études a mène de la Haute-Savoie à la Bretagne, en passant pour la Suisse et le Québec où elle s’établit en 1990. Son arrivé dans la Belle Province a modifié l’art de Léa Rivière. La blancheur des hivers et les maisons peintes de couleurs vives ont influencé sa palette, enrichie de couleurs plus soutenues. Elle apprécie également l’ouverture d’esprit manifestée ici à l’égard de la nouveauté. Loin des structures, trop rigides à son goût, qui l’entourait en France, l’artiste fait une mise au point, ressent plus intensément le besoin d’exprimer les sentiments. Peintre un paysage, un visage, des fleurs, pour moi, dit-elle, cela revient toujours au même, c’est toujours le même déclencheur qui me fait prendre mon pinceau, l’envie de communiquer une émotion, l’émerveillement que j’ai en regardant un sourire, un regard, une pétale. Ses œuvres se veulent une hymne à la vie, avec ces rencontres ces instants de bonheur qui éclaire notre existence et nous donnent, dans ces brefs moments de plénitude, un goût d’éternité.

Sa longue pratique du dessein, ses innombrables et croquis préparatoires- dont elle s’affranchie progressivement- témoignent de son soucis de technique, de compréhension du rythme qui s’établit entre les formes, couleurs et mouvements. La pratiques de l’aquarelle, dont elle aime la transparence, la luminosité qui lui rappelle les vitraux d’église de son enfance, lui a permis d’acquérir une vitesse d’exécution, une spontanéité qui ce manifestent dans ses tableaux peint à l’acrylique. Plus sûr de sa technique, Léa Rivière, sent qu’elle la dépasse et acquière désormais une liberté croissante. Parallèlement à ses œuvres très graphiques, d’autres reflètes un enchevêtrement de traits. Mais de ce chaos apparent surgit une organisation interne, la ligne de ressort d’elle-même.

Ses tableaux de fleurs reflètent bien cette structure cachée. Se détachant sur un fond coloré, des bouquets jaillissent en un débordement de couleurs éclatantes. Toutes les senteurs de l’été ce devinent dans ces fleurs fraîchement cueillit, placé dans un gros pot de grès, où s’entremêlent pivoines charnues, lys, pavot et fleurs des champs. Des iris d’un bleu délicat se tendent vers le soleil. À l’arrière on devine, évoquées, d’autres fleurs qui font pressentir la pénombre et la profondeur d’un jardin où il doit faire bon ce promener. Les conteurs légèrement esquissés, les couleurs posées par touches, confère un aspect très spontané, très vivant, ces bouquets, l’un des thèmes favoris de Léa rivière.

Dans une belle série consacrée thème du cheval, le trait ressurgit, aussi nerveux que ce bel animal dont l’artiste s’est plu à rendre hommage à la beauté et à la fougue. La figure humaine est revenue en force dans l’œuvre de l’artiste depuis quelques années. Exécutés le plus souvent d’après des modèles vivants, ses nus traduisent à l’aide de moyens sobres- un trait rapide et des touches de couleurs- un moment d’intimité où, seule avec elle-même, une femme se détend, plongée dans une rêverie ou absorbée dans ses réflexions.

Cette solitude paisible ce retrouve dans un tableau où une femme, bien installée sur une bans au soleil, contemple des oiseaux ce disputant les graines qu’elle eu a sans doutes jetées. Au fond, dans un sous-bois, on distingue des silhouettes de promeneurs, une voiture. Cet arrière-plan, met en valeur le personnage, sa posture, la direction de son regard. Léa Rivière excelle à dépeindre ces instants d’intimité. Deux jeunes amoureux, assis l’un contre l’autre dans une attitude détendue, échanges des mots tendres. Trois petites filles en costume traditionnel breton se sont assises sur le rebord d’un trottoir pour échanger des secrets; absorbées par leur discussion, les jeunes bavardes ont oublié la procession, les adultes dont on ne perçoit que le bas des vêtements. Le même oubli du monde extérieur se manifeste dans la représentation d’un musicien des rues que sa musique emporte ailleurs, loin de l’auditoire qui s’est massé derrière lui. Le sens de la mise en scène, si familier à Léa Rivière, apparaît dans ses scènes pour mieux illustrer ces moments délicieux, volés à la course de la vie. Sa compréhension de ce qui l’entoure se mêle aux souvenirs, au vécu et à l’imaginaire pour se fondre dans l’instant présent et générer une œuvre, empreinte de paix, de rêve, où affleure aussi, parfois, une certaine spiritualité.

Malgré un talent évident, Léa Rivière ne tient rien pour acquis et se sent toujours en formation. Elle lit avec passion les écrits des artistes tels que Matisse, aime Egon Schiele, Giacometti et avoue un faible pour les Nabis en raison des l’attachement de certain d’entre eux pour la Bretagne. Et pour faire partager aux autres son amour du dessein, elle donne des cours qui attirent des élèves, au Centre civiques de St-Hilaire où elle réside.

L’artiste a participé à plusieurs expositions en France depuis son arrivée au Québec, elle a participé en 1991 au huitième Salon de la Société Canadienne d’Aquarelle qui lui a décerné un certificat d’excellence pour l’œuvre qu’elle y présentait. Elle a figuré également au Salon des peintres de la fleur au jardin botanique de Montréal en 1990 et en 1991. Léa Rivière prépare pour cette saison une exposition pour la galerie Myrka Bégis. Ces œuvre sont également présentes au Centre d’Art Ozias Leduc à St-Hilaire, à la galerie Sensation à Sherbrooke ainsi que dans deux galeries en France : Cluses et Lomener.

Catherine Guex