LA PRESSE de Tunisie

La plus belle conquête du cheval…

La collaboration entre Hamadi Cherif , galeriste Sidi Bou Saïd, et Rosemarie Napolitano, chercheuse en histoire de l’art à Paris, prend de l’allure. Une nouvelle exposition les réunit autour d’une artiste de renommée, Léa Rivière, et un sujet noble : le cheval. Les amateurs de peinture, de cheval ou des deux seront comblés.

« Prince du désert », tel est l’intitulé choisi par Léa Rivière à son exposition à la galerie Cherif Fine Art, à Sidi Bou Saïd : un titre-hommage et approprié au pays où elle expose pour la première fois et où elle murmure, manifeste, démontre (et quelle manière!) que ses principes à elles sont les chevaux. Vingt-deux tableaux de grand format qui traitent de l’amour débridé de la femme, de l’artiste, de la femme-artiste à son animal de prédilection. Des œuvres qui portent des titres romantiques (Le songe, Envol, Des mers, Du sable et du vent, Les vifs du vent, Les buveurs de vent…).

Involontairement, ou à dessein, le mot vent revient fréquemment. Pas étonnant quand il est question de fendre l’air, en majesté, à l’arrêt, ou au pas, au galop ou encore en vol, sur la croupe d’un cheval : la course et le vent sont indissociables. S’ils ne sont pas romantique, les titres et les sujets tournent autour de la mythologie (Psyché, Eurydice ou Mélusine), où l’on découvre que l’artiste a assimilé ses classiques, du côté histoire et mythologie. Mieux, elle travaille, élabore et transmet sa propre vision des personnages, sa démarche picturale laisse un champ très libre, d’une part, à l’imagination et, d’autre part, à l’exécution de ses sujets. Ceux-ci glorifient le cheval et la femme sur des tons bruns, bistres, blanchâtres, dessinés d’une manière classique (une main qui a beaucoup fréquenté les modèles dans les ateliers), mais le travail ne s’arrête pas à la transposition du sujet.

Léa Rivière, apparemment insatisfaite de ses efforts, après avoir terminé son œuvre, introduit d’autres éléments subversifs (des coulis, «driping» de peintures, des raclures, des sinuosités, des courbes…) comme une manière de recomposer le tableau et d’affirmer que tout (dans la vie, comme dans les rapports entre espèces) n’est pas fini, et que même les oeuvres les plus appréciées sont à recommencer. Les tableaux de technique séduisante (belle et fidèle exécution des dessins), renvoient selon la première impression à des toiles des peintres de la Renaissance et leur suiveurs, quand l’homme reproduisait les canons de la beauté grecque, mais ici, les ajouts (cités plus haut), la matière et le discours sont modernes et libres. Le cheval, est-on tenté de dire, à trouvé sa meilleur compagne.

H. Hanachi