Lorsque j’ouvris pour la première fois l’écoutille de l’atelier de Léa Rivière, j’eus la drôle d’impression de me tromper de sous-marin. Je m’attendais à un désordre qui n’aurait d’égal que la charge émotive de ses tableaux. Au lieu de cela, rangés avec soin comme des sabres, les instruments lui permettant de commettre son art semblaient soupirer d’aise dans ce décor spartiate, nimbé d’une musique du temps présent. 

Celle qui m’ouvrit portait un pantalon de travail et un t-shirt maculé d’encre et de je ne sais quels pigments. Pourtant, à la voir, on l’eût cru en robe de soirée, se déplaçant sur un tapis volant tellement sa légèreté pacifiait, tellement sa douceur feutrait ses gestes. 

Je compris alors qu’il fallait lire autrement les signes. Il faut embrasser l’espace et non l’unicité du dessin, comme nous vivons non pas en dehors de l’autre, mais vers lui. 

Le cheval, les corps, les rêves transcendent leurs propres représentations. S’il apparaît naturel d’illustrer le palpable, n’est-il pas le propre de l’artiste d’y chercher aussi sa projection? Sublimer son élan invisible, l’espace qui se meut avec, à travers et au-delà, ce vivant, ne devient-il pas l’essence même de la quête artistique?
Si l’ombre inscrit l’objet, sa part de lumière le révèle.

Léa Rivière traduit cette lumière. En peignant cette danse du réel, elle dénude non seulement les frontières floues de l’être mais ses impacts pluriels dans l’espace. Ce lien intime entre l’obscurité et l’éblouissement. Ce transport flanqué d’espoir nécessaire. 

La fureur du jour embrasse maintenant ses thèmes, ses récurrences libératrices. Comme une chef d’orchestre minutieuse, ses coups de pinceau cadencent la chevauchée. Où il y avait brumes et songes, il y a maintenant lumière et éveil. Une lumière des origines, d’un monde nouveau. Organique lumière du jour. Alliance délicate des sens.

On dit des vents solaires qu’ils enfantent les aurores boréales. Véritables empreintes dans notre atmosphère. Il en est de même pour les toiles de Léa Rivière : elles créent d’envoûtantes musiques pour les yeux. Douces musiques rituelles. Musiques solaires.  

Érick Doucet, écrivain et essayiste.